Ebola : Quels risques pour un voyage en Afrique de l’Ouest ?

13 Sep
13 septembre 2014

Parmi toutes les épidémies de ces dernières années, Ebola est celle qui effraye le plus. Il faut dire que la réputation de ce virus est assez terrible. Pour autant, il est important de mieux connaître les risques réels, et ne pas sombrer dans une psychose, sans fondement.

A ce jour, Ebola est présentée comme une épidémie pouvant décimer l’Afrique de l’ouest et qui échappe à tout contrôle. A la lecture de ce seul constat, la tentation est grande de considérer tout voyage en Afrique de l’ouest comme très dangereux. La réalité doit être nuancée. Une explication est nécessaire pour bien comprendre les risques réels, et comment ne pas se mettre en danger.

Le virus Ebola est un virus qui doit son nom à une rivière en RDC (République Démocratique du Congo) le réservoir naturel de ce virus est une espèce de chauves-souris frugivore. Réservoir naturel, veut dire que ces chauves-souris sont des porteurs sains, et entretiennent le virus. Celui ci a d’abord été transmis des chauves-souris à certains primates, puis la consommation de viande de brousse (à base de singe) a contaminé des humains. La transmission se faisant alors du singe à l’homme. Il semble qu’une mutation du virus donne la souche actuelle de virus qui se transmet désormais d’homme à homme. Cette explication reste volontairement schématique, la réalité étant plus complexe.

Comment Ebola tue ?

Petit récit d’horreur… Ebola est un virus qui va donc infecter un individu, et qui va se répliquer, lors d’une phase d’incubation (en général 2 à 8 jours) pour ensuite donner des signes cliniques. Le virus va provoquer des dégâts au niveau de nombreux organes. Il agit de différentes façons, mais principalement sur des éléments de la coagulation sanguine, provoquant des micro-caillots qui vont rapidement asphyxier les organes vitaux, en particulier les reins et le foie. Le virus Ebola donne une fièvre de type hémorragique, c’est à dire, qu’elle va provoquer des hémorragies cutanées et internes. Cette symptomatologie varie beaucoup d’un patient à l’autre, et la maladie va prendre des aspectes assez variés.

Sur le plan clinique, après la phase d’incubation d’environ 8 jours qui est silencieuse, le patient va ressentir un syndrome grippal, avec fièvre, myalgie, céphalées, puis les symptômes plus graves liès à la déficience des organes atteints vont apparaître entrainant dans près de 50% des cas à la mort.

Plusieurs questions se posent…

Quelles chances de guérir ?
Existe t il un traitement ?

Plusieurs traitements sont en cours d’expérimentation, en particulier un sérum, composé d’anticorps monoclonaux produits par des plants de tabac PGM appelé ZMapp55 de la firme américaine Mapp Biopharmaceutical a été utilisé avec succès en aout 2014. Mais ce traitement est couteux, et produit en petite quantité, il constitue un espoir à moyen terme.

Actuellement, il n’y pas de traitement spécifique, comme pour tout virus, et le principal traitement est donc symptomatique. En Afrique, les infrastructures sont très limitées, ce qui explique la forte mortalité. Le patient devrait pouvoir bénéficier de moyens importants de réanimation, lui donnant plus de chances de survivre. On estime qu’actuellement, la souche d’Ebola en cause dans l’épidémie actuelle est mortelle dans 50% des cas (certaines souches induisent 90 % de mortalité). On estime que dans les pays occidentaux, avec les moyens de prise en charge, cette mortalité serait réduite à 20 à 30 %.

Comment se transmet le virus ?

Le virus Ebola se transmet d’homme à homme, et essentiellement par contact direct. C’est à dire à travers les liquides corporels, le sang, les excréments, la salive, le sperme…
Ce qui est intéressant est que le virus ne se transmet pas dans l’air, sauf bien sur à travers des projections de salive. D’autre part la période d’incubation n’est pas contaminante. Cela rend plus simple la détection de patients malades qui seuls sont potentiellement contaminants ;
A ce jour le principal problème posé par la diffusion de la maladie est la mauvaise information des populations locales, les rites funéraires, ou le défunt est touché par les proches, d’autant que le corps reste contaminant plusieurs jours après le décès. La mauvaise isolation des patients atteints.

Quelles mesures pour endiguer l’épidémie ?

Les mesures ont été critiquées comme étant très tardives, inadaptées… Tout le problème est celui de la situation sanitaire de ces pays, ou l’ensemble des facteurs de risque s’additionne : mauvaise éducation sanitaire, communication difficile, force des croyances, infrastructures quasi inexistante, très faible médicalisation en zone rurale,… la liste est longue. Bien évidemment cela ne peut se régler rapidement, car les infrastructures ne permettent pas un déploiement rapide, au delà des aspects économiques.
Les stratégies reposent aujourd’hui essentiellement sur l’information du public sur les modes de contamination, et sur la détection et l’isolement des malades, afin de limiter la diffusion de la maladie.
Les mesures consistant à supprimer les vols internationaux, et toute communication y compris dans des zones non touchées ne vont pas aider à combattre l’épidémie, car cela limite les moyens de communication et d’aide à ces populations.

Faut il voyager en Afrique de l’ouest ?

Le bon sens doit parler : il évident que toute les zones avec des foyers doivent être évités, elles sont bien connues et signalées (Guinée, Sierra Leone, Libéria, Nigéria). Pour autant, à ce jour, les pays comme le Sénégal, la Cote d’ivoire par exemple, ne présentent aucun risque particulier.
Il faut observer des règles, qui devrait d’ailleurs l’être en toute circonstances : lavage régulier des mains, éviter les contacts inutiles, comme le serrage de mains, les accolades. Eviter tout contact avec une personne malade ou fiévreuse. Eviter de manger et boire en dehors de restaurants pour occidentaux….

J’espère que ces informations vous seront utiles, et vous permettront de rester vigilant, sans pour autant céder à une panique qui n’est pas forcement de mise lors de voyages en Afrique de l’Ouest. Restez informé des évolutions de la situation avant chaque voyage, en particulier sur le site officiel français http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/infos-pratiques-20973/article/virus-ebola-guinee-forestiere

© Michel Bensadoun, Septembre 2014

 

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